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Union Nationale des Associations de Familles de Traumatisés Crâniens
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MessagePosté: Mar Jan 16, 2007 2:17 pm 
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Voici le Compte Rendu (fait moi-même, donc pas officiel) de la Conférence faite en février 2004, à Saint Brieuc (Cotes d'Armor), par le Professeur Truelle (Hopital Raymond Poincaré, Garches) :

Les traumatisés crâniens sont en majorité des jeunes, victimes d’accidents de la route. Le traumatisme crânien induit un changement de vie, qui peut être radical ; on y associe souvent les troubles du comportement, comme l’épilepsie, les troubles de l’équilibre, etc. Mais le handicap peut aussi venir du cérébral ; en effet, il y a d’autres catégories de handicap, à l’air tout à fait normal, mais qui ont dans leur tête quelque chose qui les gêne.
Cette gêne peut altérer la mémoire, le raisonnement, la rapidité (de compréhension, de décision), ou s’exprimer au travers de troubles du comportement : des réactions trop brutales, notamment par rapport à la société. Le comportement n’est que la face visible de ce qui se passe dans la tête de l’individu ; l’évaluation en est donc difficile, à la frontière entre le neurologique et le psychiatrique. C’est pour cela que le comportement constitue le facteur principal du handicap. Souvent, les rencontres avec les docteurs (spécialistes) se passent bien, mais la vie quotidienne est beaucoup plus difficile ; d’où la notion de handicap invisible.

Plusieurs facteurs peuvent entraîner des troubles du comportement :
- les lésions cérébrales
- la personnalité (façon dont on réagit face aux évènements de la vie)
- le contexte : dans un contexte calme, tout peut bien se passer ; mais si il est obligé de s’adapter, cela peut se passer mal.
Ces facteurs interfèrent entre eux.

LES LÉSIONS FRONTALES
Le front est très fréquemment touché ; or, c’est là que sont contrôlées bon nombre de fonctions, qui peuvent donc être altérées ou diminuées. Voici un rapide aperçu des fonctions et de leur ‘zone de contrôle’ :
- la partie faciale contient les éléments qui permettent d’agir, de comprendre rapidement, la capacité de se juger soi-même.
- les parties externes guident l’engagement, l’initiative, la persévérance, l’élan.
- la partie basale, derrière le nez, gère la façon dont on va accepter le comportement des autres, la maîtrise de soi ; certaines personnes s’irritent un peu trop facilement. (mais ce n’est pas la règle !)

La vitesse, le jugement (auto-critique), l’initiative, la maîtrise en public :
voilà l’essentiel des fonctions présentant des troubles caractéristiques suite à un traumatisme crânien !


Les troubles intellectuels ne sont pas toujours couplés avec les troubles du comportement.
Le traumatisme crânien est une mosaïque, et chacun garde son individualité: il faut donc s’adapter à chacun d’entre eux . Par exemple, ne pas se fier uniquement aux scanners, aux examens cliniques ; la vie (en Centre) est beaucoup plus importante.
Attention également de ne pas confondre « passivité » avec « dépression ».

LA PSYCHO-PATHOLOGIE
Pour quantifier les aspects psychiques, aspects de la personnalité, plusieurs facteurs entrent en compte :
- la personnalité antérieure, qui aura (le plus souvent) ses traits renforcés.
- les circonstances de l’accident.
- les réactions émotionnelles : réaction de dépression, d’angoisse, d’anxiété ;
- un sentiment de frustration insurmontable.
- la personne touchée sera dans la nécessité de reconsidérer ses projets de vie, compte tenu de l’état nouveau, de réajuster ses plans (…à la baisse) ; cela constitue un élément fondamental.

LA SOCIOLOGIE
Le couple où il y a eu un traumatisme crânien est en danger, la position du conjoint est particulièrement difficile. S’il tient, c’est bien !! ; sinon, « la branche unique » (à laquelle le traumatisé crânien se soutient) casse...
Les amis, les copains, tout cela tend à disparaître, ce qui peut entraîner un repli, une rancœur, compréhensible.
Le comportement pèse souvent dans des réunions familiales ; mais tout cela n’est pas visible lors d’un simple entretien. La phase d’expertise est frustrante, elle aussi.
Compte tenu du fait que les blessés sont majoritairement des jeunes (18-24 ans), ce sont également leurs premiers élans, leur premier métier, leur indépendance qui sont remis en cause en une seconde. C’est pourquoi si le blessé a une famille à côté de lui, si il a un appui, un soutien familial, cela peut être beaucoup amélioré.
En effet, il y a nécessité d’un accompagnement prolongé.

Avec ces 3 dimensions, on peut commencer la phase d’évaluation.

L’EVALUATION
Tout d’abord, il faut quelqu’un qui connaisse le traumatisé dans la vie réelle.
Ensuite, l’évaluation ne peut se faire par une seule personne ; elle est pluridisciplinaire et nécessite donc un médecin, un psychologue, une assistante sociale.
- Commencer par étudier la situation antérieure.
- Voir l’histoire pré- et post-traumatique.
- Ecouter les plaintes du sujet et de l’entourage.
Souvent, le traumatisé a une relative inconscience de ce qui se passe réellement ; par exemple, il mentionnera qu’il a mal au genou, mais qu’il n’a pas d’autres problèmes.

LES SYMPTOMES
Les troubles les plus fréquents.
Si le choc a touché :
la convexité frontale : - passivité (ils restent au lit, devant la télévision), - indifférence affective (prise de distance), - défaut de motivation, d’engagement
la région orbito-frontale : - euphorie, jovialité, - défaut de contrôle émotionnel

Les symptômes somatiques
- plainte de différents organes
- boulimie
- troubles (drogue, élan sexuel amoindri -possibilité diminuée, car l’entourage disparaît-)
- troubles du sommeil
- fatigue générale
Les symptômes affectifs ; ils ne sont pas toujours faciles à voir, à cerner :
- dépression, angoisse
- le regard des autres est un reproche permanent
(« j’ai l’impression de ne plus avoir ma place »)
- rangement excessif
- troubles de l’autocritique
- repli sur soi, égocentrisme

Tout cela a un retentissement sur l’entourage et les parents ; souvent, ils ressentent aussi de grandes difficultés ; mais il faut les aider (les parents), car ce sont eux les premiers soignants !

L’EXAMEN
Il faut prendre en compte tous les éléments : environnement, situation, etc.

SYNTHÈSE
Pour retrouver une « situation stable », il faut de la part du blessé volonté et engagement. Ainsi, si il y a un programme à définir, tâcher d’y faire adhérer le blessé, l’écouter ; ajuster le programme à ses désirs, sinon, cela ne marchera pas !
Facteur important : la stabilité émotionnelle !
Enfin, il faut un partenaire familial, un professionnel référent disponible qu’on puisse appeler en cas de crise.
Il ne doit pas être trop protecteur, et rester conscient des réalités.
Avoir conscience du handicap, l’accepter
Reconstruire son identité ; il reste celui qu’il était avant, mais il y a des changements.
Il faut donc construire un projet réaliste et crédible.

Comme troubles du comportement, on note surtout :
- dangerosité et responsabilité des actes, dont la perception est diminuée ;
par exemple, la gravité des actes délictueux n’est pas toujours bien perçue.
- le traumatisme crânien peut être un facteur de violence.
les tentatives de suicide sont quatre fois plus grandes que pour une population du même âge.
- la « tutelle » peut être une limite à la reconstruction d’une autonomie ;
- par rapport aux couples qui divorcent, la vie est parfois tellement difficile qu’on comprend ; ceci étant, il faut penser aux enfants et ne pas les éloigner arbitrairement du traumatisé crânien.

TRAITEMENT
1- Médical
Le traumatisme crânien est encore mal connu, son traitement mal codifié et les études à ce sujet sont limitées.
La personne peut souffrir de désinhibition, instabilité, dépression, anxiété, agressivité. Attention, l’acceptation du médicament n’est pas la même qu’avec un patient ordinaire, les manier avec délicatesse
2- Psychothérapie
La psychothérapie ne sera pas conseillée pour quelqu’un qui a des difficultés d’expression, d’autocritique et d’introspection. Mieux vaut privilégier alors une psychothérapie familiale ; en effet, le traumatisme crânien est un traumatisme de groupe, de famille. Le considérer comme tel peut permettre d’apaiser les conflits.
3- Rééducation Neuropsychologique
Pour les troubles de la mémoire, on pourra par exemple utiliser un agenda ; ou essayer, par d’autres moyens, d’entraîner l’attention, la mémoire. Ceci étant, il faut inscrire cela dans la durée.
4- « Case Management »
Trouver quelqu’un de compétent et en qui tous ont confiance. Cette personne doit avoir l’habitude de la prise en charge de traumatisé crânien ; elle pourra se faire aider, ensuite, par un réseau
5- Institution, Programme (transitoire)
C’est ce qui marche le mieux ; l’idéal est d’avoir la possibilité de regrouper en un lieu unique le milieu thérapeutique, le travail de groupe et la resocialisation
Le retour dans la famille est un palier important, car c’est à ce moment-là que la famille prend l’essentiel de la charge (surtout par rapport au comportement du traumatisé crânien ).

CONCLUSION
Il y a 120.000 cas de traumatismes crâniens par an :
Pendant les 2-3 premières années, amélioration ; puis, souvent, stagnation ou rechute



Voilà !
Le Professeur Truelle s'était montré très humain et ouvert, tant lors de son exposé et des questions qui ont suivies, que lorsque j'ai été le voir après sa Conférence pour discuter de façon plus personnelle avec lui.

TRES BONNE JOURNEE à tous


Dernière édition par Charles le Lun Jan 14, 2008 5:21 pm, édité 6 fois.

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MessagePosté: Mer Jan 17, 2007 8:21 am 
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merci ,c'est vraiment intéressant

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tant qu'il y a de la vie...


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MessagePosté: Mer Fév 04, 2009 11:08 pm 
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Inscription: Lun Oct 30, 2006 9:52 am
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Bonsoir ! on me pose la question de savoir "pendant combien de temps peut-on évoluer ?"
alors, pour faire court :
1- je ne pense pas que le Pr. Truelle vienne s'expliquer au sujet de cette durée de 3ans ; en effet, lorsqu'il a appris que j'avais publié mes notes, prises lors de son intervention, il a insisté (indirectement) pour que le message précise clairement qu'il s'agissait de "notes personnelles prises pendant la Conférence" ...
2- ce Forum est, je crois et j'espère, une bulle d'oxygène pour les familles, qui peuvent poser des questions, échanger, être comprises, de façon discrète, impersonnelle et, surtout, sans jugements ! Je sais que plusieurs médecins ont déjà tenté de prendre part aux échanges, en montrant d'ailleurs une bonne volonté tout à fait remarquable ; mais ..., et c'est sans doute incontournable, il y a des familles qui sont dans une telle souffrance, que le dialogue est bien souvent impossible, et l'échange se limite à une liste de doléances...

Pour revenir sur les "3ans" ; en fait, cela peut même aller jusqu'à 5ans, voire davantage ; à mon avis, ça dépend aussi de l'âge du blessé ; dans mon cas (accident à 17ans, alors que j'entrais en Terminale), comme j'ai eu la chance de pouvoir reprendre mes études rapidement (l'année scolaire suivante), la partie adverse a préféré attendre que je finisse mon cycle d'études (soit 8ans après l'accident) ; ...et ils ont alors dit : "l'accident ne l'a pas empêché de faire des études supérieures, donc on ne vous doit rien" (version courte !) ; alors que, juste après l'accident, ils avaient dit à mes parents : "votre fils vient de redoubler sa classe de 1ère, donc il ne serait en tous cas pas allé très loin ; on ne vous doit rien" ; ...en fait, il y a eu accord à l'amiable (heureusement pour moi), mais c'est un autre sujet !!


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MessagePosté: Jeu Fév 05, 2009 8:47 am 
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Inscription: Mer Juin 27, 2007 2:14 pm
Messages: 197
alex est a bientôt 4 ans de l'accident (le 28 mai 2009) il a progressé d'une façon extraordinaire ,mais depuis une petite année il n'avance plus et je trouve même que certains troubles ,commme la mémoire redeviennent plus défaillants.des douleurs jusqu'a la sans importances majeures deviennent difficiles!!!peu etre s'agit il seulement d'une tardive prise avec la réalité de son état??mais je reconnais que ce que vous dite m'interpelle!!!!


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MessagePosté: Ven Fév 06, 2009 8:14 am 
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Inscription: Dim Nov 26, 2006 6:47 pm
Messages: 566
Localisation: Mende Lozère
L'an passé yann a été expertisé par une toubib de Rodez (neurologue) qui nous disait que 5 ans après les progrès étaient encore d'actualité et encore visibles et reconnus car le regard sur la récup avait changé, les 2 années fatidiques au delà desquelles plus rien ne pouvaitêtre récupéré étaient remises en question et que pour elle la consolidation de mon époux n'était pas encore d'actualité...j'avais d'ailleurs rédigé un post pour rassurer les membres du forum qui à l'approche des 2 ans pouvaient penser qu'il n' y avait plus rien à attendre...
Yann est aujourd'hui à 6 ans de son TC, il a eu une "aggravation" l'an passé avec une surdité mais elle était prévisible au regard de son bilan lésionnel de départ.
la prochaine expertise est pour le 25 février, il sera à 6 ans pile poil de son trauma. Nous attendons le verdict de l'expert (la même). Si elle décide de le consolider on s'achemine vers une certaine mise à la retraite pour invalidité car l'UEROS est inenvisageable du fait de la surdité, on se lancera alors dans les expertises pour évaluer financièrement le préjudice car c'est un accident du travail et pas simple du tout même si c'est un agent de l'état...si elle juge qu'il n'est pas consolidé on attendra la prochaine expertise dans un an.
bonne journée à tous
annie


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MessagePosté: Mar Avr 20, 2010 5:34 pm 
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Inscription: Lun Oct 30, 2006 9:52 am
Messages: 957
Localisation: (92)
Bonjour, voici un article qui traite des TC et des séquelles invisibles
http://inforeeducation.com/vivre-apres-un-traumatisme-cranien/


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MessagePosté: Ven Déc 28, 2012 7:21 pm 
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Inscription: Mer Déc 26, 2012 9:01 pm
Messages: 5
Très intéressant, Merci


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